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Les travaux de nettoyage
Entretien avec Jean-François Pierron,
Président de l'association " Eglise Saint-Eloi "
Redaction : L'église Saint-Eloi est, paraît-il, dans un triste
état. Pensez-vous que l'association que vous présidez viendra à bout des
travaux à réaliser ?
Jean-François Pierron : Triste ou lamentable est sans doute le mot
juste pour désigner l'état de l'église Saint-Eloi. C'est bien un sentiment de
tristesse, mêlé de nostalgie, qui m'a envahi lorsque j'ai pénétré pour la
première fois dans l'édifice : statues décapitées, autels, tabernacles,
orgues et stalles vandalisés, autel de la Sainte Vierge saccagé, vitraux
brisés, sans compter les outrages du temps... Mais dans un tel lieu de grâce
et de beauté, même défigurée, la tristesse laisse rapidement la place à
l'espoir et à l'enthousiasme. Un enthousiasme vibrant qui gagne tous ceux qui
ont eu la chance de pouvoir entrer dans cette magnifique église gothique. On
peut dire qu'elle est déjà sauvée extérieurement, puisque grâce à une
autre association, les toitures et les charpentes sont refaites depuis 1987, et
plus récemment, la façade. Malheureusement, cette association n'avait pas pu
obtenir davantage, et l'église restait désespérément fermée. C'est pourquoi
je n'imagine pas un instant que les Bordelais de souche ou d'adoption resteront
indifférents à l'idée de rouvrir Saint-Eloi, ni à l'appel de notre
association pour mener à bien, tranche par tranche, avec l'aide partielle de
l'Etat et de la Région, ces travaux importants et délicats que nous a confiés
la Mairie - ce dont nous sommes fiers et honorés. Car l'association a
l'entière maîtrise d'œuvre de ces travaux, comme le stipule la convention que
nous avons signée avec Monsieur Juppé. Nous avons d'ores et déjà obtenu un
rendez-vous avec Monsieur l'Architecte en Chef des Monuments Historique, car
c'est évidemment sous sa tutelle que seront effectués ces travaux, puisque
l'église est classée monument historique depuis 1921.
Une première estimation du coût des opérations avait été faite en 2001 :
- maçonnerie : 2,5 MF (pardonnez-moi si je vous parle encore en francs !)
- peintures murales, fresques et autels latéraux : 1,5 MF
- sols : 800.000 F
- grandes orgues : 800.000 F (mais cette estimation est très insuffisante)
- maître autel (en marbre du XVIIIe) : 500.000 F ... etc.
C'est considérable.
Dans un premier temps, pour recevoir du public, toute l'installation électrique
est à faire, l'éclairage à penser, et il faut y installer le chauffage.
R : Comment comptez-vous financer ces travaux ?
JFP : Autant par des subventions de la Région et de l'Etat, que par
le mécénat, les dons et les prêts d'entreprises et surtout des personnes
privées. Je suis certain que la générosité des Bordelais et l'amour qu'ils
portent à l'une des trois plus anciennes églises de la ville nous permettront
d'éviter un financement trop onéreux et risqué pour une association sans
recettes pérennes. Je précise que notre association sera bientôt habilitée
à recevoir des dons manuels exonérés d'impôts.
R : Deux recours ont été déposés contre la décision de Monsieur
Alain Juppé et de son Conseil Municipal mettant à disposition de votre
association l'église Saint-Eloi : l'un par le parti socialiste, l'autre par
l'archevêché. Quelle a été votre réaction ?
JFP : Oui, personnellement, j'ai été profondément choqué et
meurtri par l'acte d'hostilité juridique commis par le nouvel archevêque de
Bordeaux, qui accrédite objectivement le recours d'un groupe politique. Nous
avons un millier de signatures déposées sur un livre d'or par des bordelais
qui passent, heureux de voir rouvrir l'église lorsque nous y travaillons, et
qui ne comprennent pas l'attitude de l'évêché. Nous concevons très bien que
l'archevêque veille à ce que les églises fermées au culte ne deviennent pas
des entrepôts, des cinémas ou des mosquées ; mais justement, les gens ne
comprennent pas qu'il ne se range pas à ce projet magnifique de rouvrir
Saint-Eloi, qui était devenue sous son prédécesseur un entrepôt d'archives
de la Ville. Nous sommes consternés par cette pastorale décevante,
procédurière et politique, qui jette le désarroi et l'incompréhension au
moment où tous attendent un message de paix. Une erreur, une précipitation est
pardonnable, mais nous espérions tant de notre nouveau pasteur, de sa
réputation d'homme ouvert au dialogue…
R : Mais si les recours sont maintenus, ne craignez-vous pas que la
menace qui pèse désormais sur la délibération du 28 janvier et sur le vote
des élus incite les futurs donateurs à attendre l'issue de cette procédure ?
JFP : Il est vrai que la procédure peut durer deux années ou plus.
Mais j'attire votre attention sur le bon droit qui parle en notre faveur,
confirmé par le Bureau des Cultes de la Préfecture. De plus, les deux recours
engagés simultanément par Monsieur Savary (P.S.) et par Mgr Ricard contre la
délibération du Maire ne sont pas suspensifs, ils ne changent rien aux
démarches engagées et ne remettent pas en cause ni les travaux ni le projet de
l'association. De surcroît, même s'ils parvenaient à annuler la
délibération du Conseil, de tels recours n'affecteraient en rien la convention
signée avec Monsieur Juppé car, selon la jurisprudence unanime, une convention
de ce type n'est pas susceptible de recours. Quoiqu'il arrive, nous sommes
conseillés par d'excellents juristes, dont notre Vice-Président Maître
Andreau, et nous irons jusqu'au Conseil d'Etat, jusqu'à la Cour européenne des
Droits de l'homme s'il le faut - à moins que notre archevêque ne réfléchisse
et ne revienne sur sa décision, ce qui n'est pas exclu.
R : A plus long terme, la municipalité n'a-t-elle pas à tout moment
la possibilité de résilier la convention ?
JFP : Permettez-moi une précision : l'association culturelle EGLISE
SAINT-ELOI s'est donnée pour mission, et elle l'a officiellement reçue du
Maire, de restaurer l'église, de la rouvrir au public tout en respectant sa
destination originelle. C'est l'engagement que nous avons pris par la convention
signée le 29 janvier. Notre but est donc avant tout de restaurer l'église et
si d'aventure - ce qu'à Dieu ne plaise - notre convention avec la Ville se
trouvait résiliée, tout ce qui aura été accompli entre temps aura contribué
à sauver cet édifice de l'abandon et de la ruine. Mais nous avons toute
confiance et il est fort probable que cela n'arrive pas. Laissez-moi vous citer
un extrait de l'article 6 de cette convention : " S'il était mis fin à la
présente convention à l'amiable ou de façon unilatérale, avant son
échéance ou à terme, la Ville verserait à l'Association une indemnité
égale à la valeur des amélioration apportées aux lieux et à leurs
équipements... " Vous voyez, cette clause est de nature à apaiser les
plus inquiets.
R : Quand commenceront les travaux ?
JFP : Nous sommes en train de monter les dossiers, ce qui demande toujours quelques
délais dans le cas d'un monument historique. Nous prévoyons une première
tranche, qui commencera aussitôt obtenu l'accord de l'Architecte de Monuments
Historiques, et trouvées les subventions et les dons nécessaires. Nous
commencerons par le sol, le chauffage, conformément aux normes de sécurité,
Puis il faudra envisager la restauration des orgues, des autels et des chapelles
latérales, la rénovation des murs et des voûtes. Pour l'heure, nous n'avons
pu procéder qu'à des opérations de nettoyage et d'entretien. Cependant il
faudra que la Mairie effectue d'abord les dernières restaurations extérieures
: la toiture et la stabilisation du clocher, parties dont elle a la charge,
tandis que nous nous sommes engagés sur les restaurations intérieures
seulement.
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