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La première église gothique de Bordeaux
A l'origine, en 1159, cinq cents ans exactement après la mort de saint Eloi
(588-659), on posait à Bordeaux, à l'extérieur du mur romain, la première
pierre d'une chapelle romane qui fut dédiée au grand saint du Limousin. Or,
dès le début du XIIème siècle, la construction de cette première église
Saint-Eloi, dans le style roman, était déjà apparue comme un défi lancé par
les Maîtres architectes bordelais. En effet, en raison de l'extension des
faubourgs, il fut décidé d'édifier le nouveau monument contre la muraille, à
cheval sur le second rempart, entre les courtines, le plaçant ainsi hors la
protection des anciennes fortifications romaines.
Cependant, un nouveau quartier s'étendait rapidement vers le Sud. Il fallut
construire une seconde enceinte (1200-1227), dont les fossés sont devenus
l'actuel cours Victor-Hugo. La chapelle romane donna son nom au nouveau quartier
: le faubourg Saint-Eloi. Mais le mur, trop vite construit, s'écroula en 1245
sur la chapelle. Pour la reconstruire, on adopta le style et la nouvelle
architecture sacrée qui fleurit partout en France, faite de lumière et
d'élancements audacieux, véritable défi à la pesanteur, l'art gothique.
Saint-Eloi, au début du XIIIème siècle, est alors la première église
gothique de Bordeaux - l'ancienne cathédrale Saint-André et la basilique
Saint-Seurin, construites à la même époque, conservent au contraire le style
roman Plantagenet (l'église Saint-Michel ou la nouvelle cathédrale gothique ne
seront édifiées qu'aux siècles suivants). Cette nouvelle église, appuyée à
la porte principale de la ville, contre le beffroi de la Grosse-Cloche, rue
Saint-James, fait alors face au nouvel Hôtel de ville.
De cette construction, subsistent encore aujourd'hui les murs. De petite
taille (35 mètres de long), elle est normalement orientée, c'est à dire que
le chœur est tourné vers l'Orient qui figure le Christ, selon le symbolisme
chrétien antique et médiéval. Cette nef ne suit pas une ligne droite, mais
brisée, de sorte que la nef n'est pas exactement dans l'axe de la première
travée. Ce n'est pas dû à une erreur des architectes ou des maçons, mais
probablement au tracé des vieux remparts sur les fondations desquels l'église
est adossée.
Au XIVème siècle, les murailles extérieures de la ville seront
démantelées et abattues, ce qui permettra d'agrandir l'église par la
construction du bas-côté droit. Le côté gauche reste inchangé, imbriqué
dans les anciens remparts de la ville, comme on peut encore le voir aujourd'hui
: les chapelles latérales y sont très peu profondes.
L'édification se poursuit au fil des siècles. C'est ainsi que l'abside, les
croisées de la nef, certaines voûtes et le clocher ont été reconstruits
entre le XIVème et le XVIème siècle. L'abside qui adopte un plan pentagonal,
capte la lumière par cinq grandes baies de forme gothique. Le clocher
s'illustre par son originalité architecturale. Il est constitué d'une tour
rectangulaire qui, par l'un de ses côtés longs adhère au chœur, et dont les
deux angles libres sont convertis en pans coupés. A quoi s'ajoutent deux
étages d'ouies et une haute flèche d'ardoises. Ainsi profondément remaniée,
l'église actuelle est consacrée le 30 avril 1497, par le cardinal d'Espinay.
La première façade de l'église Saint-Eloi aurait été ornée d'un curieux
bas-relief, placé au dessus de la porte et représentant saint Eloi ferrant un
cheval à la jambe coupée, sur une enclume. Saint Eloi, qui fut à la fois
orfèvre, évêque et conseiller du roi mérovingien Dagobert (dont on se
souvient de la culotte à l'envers), est le saint patron des artisans du métal
: forgerons, maréchals ferrant et orfèvres.
L'actuelle façade néo-gothique est l'œuvre de l'architecte Poitevin, à
qui l'on doit également la restauration des façades de la basilique
Saint-Seurin. Elle date de 1828. On qualifie parfois ce style de " gothique
troubadour ".
Au XIXème siècle, de splendides vitraux racontant la vie de saint Eloi
viennent remplacer les verrières détruites à la Révolution. Ils captent la
lumière qui se diffuse à flots dans l'église et projettent selon l'heure des
rayons mouvants et colorés. Malheureusement, on a dû poser depuis des grilles
de protection qui en assombrissent l'éclat, pour éviter l'intrusion des
vandales. L'église a toujours abrité le magnifique Christ du serment des
jurats. Il n'était pas encore possible jusqu'à ce jour d'admirer l'intérieur
de l'église, fermée au public et au culte depuis plus de deux décennies.
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